Dama Aflita- Porto

Si vous voyagez au Portugal, vous découvrirez certainement une scène graphique en pleine effervescence. Parmi ceux qui font bouger les lignes, nous aimerions vous parler de la Galerie Dama Aflita, située à Porto. Nous vous livrons ici une interview, réalisée il y a quelque temps déjà, mais qui n’a pas pris une ride…

A l’écart des galeries d’art contemporain, isolée dans un centre historique devenu presque fantomatique alors que Porto (Portugal) était Capitale européenne de la culture en 2001, la galerie Dama Aflita détonne. Ouverte en 2008 sous l’impulsion de Rui Vitorino Santos et Júlio Dolbeth, elle présente une sélection exigeante de dessinateurs portugais et étrangers. Un lieu dont la vitrine change au gré des œuvres réalisées par les artistes invités. Un espace ouvert, accueillant, qui entraîne le visiteur dans l’effervescence de la création graphique contemporaine.

Rencontre avec les deux galeristes, professeurs de design graphique et d’illustration à la Faculdade de Belas Artes de l’université de Porto et eux-mêmes illustrateurs chevronnés.

Dama Aflita
Júlio Dolbeth et Rui Vitorino Santos- Galerie Dama Aflita

Bonjour Dama Aflita. C’est par hasard que nous avons découvert votre espace dans une rue calme du centre de Porto. Et première question : qu’est-ce qui vous a amené à ouvrir une galerie dédiée aux arts graphiques?

Dama Aflita : Nous avions l’habitude d’organiser des expositions collectives avec différents auteurs dans des lieux assez divers. Peu à peu, l’idée d’un espace dédié au dessin et à l’illustration s’est imposé à nous comme une nécessité. Il n’en existait (et n’en existe probablement pas d’autres) au Portugal. Cela nous permettrait de contribuer à la promotion et au développement de cette discipline qui nous passionne et qui est aujourd’hui encore considérée comme un art mineur. Des amis ouvraient une boutique de disques (Materia Prima). Ils possédaient un espace qui nous convenait parfaitement et qui ne nous coûterait pas trop cher. Nous avons donc sauté sur l’occasion.

Mais qui est donc cette « Dame en détresse »  qui a donné son nom à votre galerie?

Dama Aflita : Nous connaissons tous au moins une dama aflita non ? (sourires) Nous cherchions un nom qui marque les esprits. Celui-ci, en à peine deux mots, est narratif et a un fort pouvoir évocateur. Il est stimulant et frappe l’imagination. Chacun a quelque chose à en dire, ou peut s’inventer une histoire. C’est aussi une figure récurrente dans les contes : la princesse, enfermée dans sa tour, qui se languit… Pour nous , l’illustration et la narration sont intimement liées, c’était donc un nom parfait…

Quels sont les artistes que vous exposez ? Où et comment les repérez-vous ?

Dama Aflita : Nous travaillons surtout avec des gens dont nous connaissons et aimons le travail. Il y a beaucoup d’illustrateurs portugais excellents. Nous prospectons également sur Internet. Nous recevons aussi beaucoup de Portfolios de l’étranger, d’Amérique Latine, notamment du Brésil, d’Amérique du Nord… Hélas, nous manquons de moyens pour accueillir des illustrateurs étrangers. Par exemple, nous aimerions organiser une exposition sur l’illustration iranienne, mais ce n’est financièrement pas possible pour le moment. Nous ne sommes pas du tout subventionnés, même si nous avons des partenariats ponctuels avec des institutions de Porto, comme la Casa de Musica qui nous a permis d’exposer le français Guillaumit par exemple. Nous apprécions d’autant plus la générosité des illustrateurs qui croient à notre projet et qui acceptent tout de même de venir dans ces conditions peu confortables, comme Luis Urculo, illustrateur espagnol avec lequel nous avons inauguré la galerie. Nous espérons que nous finirons par trouver les financements pour faire tout ce dont nous rêvons…

D’où votre slogan: « If we don’t make money, let’s try to make history » ?

Dama Aflita : (rires) Oui, nous sommes bien loin (y compris géographiquement) du marché de l’art. C’est vraiment un projet personnel, une histoire de passion

Il semblerait que l’activité de votre galerie ne se résume pas à exposer des œuvres graphiques, à commencer par les interventions in situ sur la vitrine..

Dama Aflita : Oui, nous voulions que quelque chose de particulier soit fait pour la galerie. A chaque exposition, les illustrateurs invités créent une œuvre originale sur la vitrine. Ce dessin est comme une performance qui permet aux passants de voir la main de l’artiste en action, d’assister à la création. Cela ouvre également la galerie sur la rue.

Parallèlement aux expositions, nous travaillons avec des écoles, qui viennent visiter le lieu, nous faisons des workshops, nous organisons des rencontres, des interventions dans la ville…

planeta_tangerinaVous proposez aux visiteurs des petits livres, des « fanzines »… Avez-vous également une activité éditoriale ?

Dama Aflita : Pas pour le moment, mais nous espérons vraiment évoluer en ce sens dans un avenir proche. Nous avons déjà publié des ouvrages collectifs, en collaboration avec Plana, une maison d’édition de Porto. A l’occasion des anniversaires de la galerie, nous avions invités des illustrateurs à travailler autour d’une thématique (le nom Dama Aflita, mais aussi le thème Dandy). Nous n’aimons pas l’idée, par exemple, des catalogues d’exposition qui reprennent et rassemblent des œuvres déjà produites, parfois même déjà publiées. Nous préférons travailler sur des créations originales pour l’impression, de nouveaux sujets…

Les petits livres que vous trouvez ici sont de petites éditions, des fascicules imprimés à peu d’exemplaires, parfois auto-édités. La qualité d’impression n’est pas toujours fantastique, il peut même s’agir de photocopies, mais il nous semble important que les illustrateurs qui débutent (étudiants, etc…) puissent exister ailleurs que sur le net. Et ce que les acheteurs recherchent, c’est moins la qualité du papier qu’un véritable contenu, avec l’idée qu’ils acquièrent des pièces de collection, qu’ils contribuent à l’émergence d’un artiste…

D’ailleurs, c’est avec ce type de petites éditions que Planeta Tangerina, que nous exposons actuellement, a débuté.

 

Transition toute trouvée… Pouvez-vous nous parler un peu plus de l’exposition en cours ?

Dama Aflita : Il s’agissait pour nous de montrer ce qui se passe derrière le livre, tout le processus de création, le cheminement des illustrateurs, ces morceaux palpables, ces dessins mis de côté qui deviennent la base de nouveaux projets, collages, ratures, traces de crayons qui tous forment la partie immergée de l’iceberg, le travail qui ne se voit pas dans le livre…

Le studio Planeta Tangerina a été formé à la base par deux jeunes illustrateurs (Bernardo Carvalho et Madalena Matoso) à la sortie de l’école. Ils travaillaient sur commande pour des projets éditoriaux destinés au jeune public (pour des écoles, des institutions, des musées…). Ils avaient du mal à trouver des personnes avec qui collaborer pour leurs projets plus personnels et c’est comme ça qu’ils ont débuté leur maison d’édition, en dehors des gros circuits de distribution, sur la niche du livre pour enfants. Leur studio a pris de l’ampleur (ils ont notamment été rejoints par Yara Kono) et ça fonctionne vraiment bien pour eux aujourd’hui. Ils sont très connus au Portugal et s’exportent dans le monde entier. C’était très drôle, lors de l’inauguration, de voir une ribambelle d’enfants venir avec leurs livres pour les faire dédicacer.

Pour finir, que peut-on souhaiter à Dama Aflita?

Dama Aflita : De travailler avec d’autres galeries à travers le monde, d’échanger. Car travailler seuls, c’est forcément plus ennuyant…

Adresse : Galeria Dama Aflita, 84 rue Picaria- Porto (Portugal)

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