Tessellation

jeff dah-yue shimc escher

Le design et la géométrie sont intimement liés (qui plus est, avec les logiciels de modélisation 3D) et découlent de l’imagination, voir de notre capacité d’abstraction. Quête de l’essentiel? Nous assistons actuellement dans la création à un retour aux formes simples (la boule/ le cube) plus compliqué qu’il n’y paraît. Preuve en est ce motif de cubes isométriques, attribué à tord à Henri Beaunis, au XIXème siècle, et déjà présent dans les mosaïques romaines d’Orbe par exemple (et que dire des zellij qui ont poussé à la perfection l’utilisation des figures géométriques et qui ont inspiré, notamment, les dessins de Escher?). Décliné actuellement comme motif sur de nombreux objets, cette figure réversible, tantôt convexe, tantôt concave, nous fait voyager de la seconde à la troisième dimension dans des effets de trompe-l’oeil qui ne datent pas d’hier. Qui ne se souvient pas d’avoir un jour d’enfance foulé les carreaux de béton tricolores avec la sensation d’escalader l’Everest, ou tout du moins de marcher sur un sol qui n’était pas tout à fait plat? C’est à une version plus moderne, tout en bois et led, que nous avons à faire avec le système d’aménagement conçu par le designer taïwanais Jeff Dah-Yue Shi et présenté au Dragonfly Design Center. La lumière des leds encastrées derrière des parois en verre recouvertes de minces placages en bambous, modifient la perception de l’espace en fonction de leur allumage, et ce décor nous donne la sensation d’être les petits personnages du dessin d’Escher… Inutile d’énumérer tous les créateurs qui se sont actuellement emparé de ce motif, la liste serait presque interminable (de Pierre Hardy qui en a fait son motif fétiche, en passant par la table de Rockman & Rockman, la papeterie d’Astier de Villatte… Petit jeu auquel je vous invite à jouer, où l’on voit que la mode, ou une inspiration commune qu’on appellera l’air du temps, joue dans la création, de façon bien souvent inconsciente).

Mais ce qui m’intéressait particulièrement ici était le chemin emprunté par des designers pour spacialiser ce motif à travers leurs objets, c’est à dire lui apporter réellement une troisième dimension, tout en conservant l’effet de trompe-l’oeil grâce à la combinaison de différentes parties ou éléments. Cette démarche est très nette et assumée par le designer espagnol Alvaro Catalan de Ocon avec son tabouret Rayuela. « A stool is basically lifting up the ground ». Ainsi garde-t-il le principe des trois couleurs et des losanges des tesselles traditionnelles, qu’il étire en hauteur pour créer des tabourets composés de trois éléments identiques, mais de couleurs différentes. Assemblés, ils peuvent former une table et perpétuent l’illusion d’optique qui était présente dans le carrelage. Deux autres objets, similaires par leur usage et leur inspiration, mais pourtant radicalement différents dans leur conception et finalement leurs aspects: Imeüble du norvégien Bjørn Jørund Blikstad, et Cinétisme du français Charles Kalpakian. Imeüble est le résultat d’un travail de recherche pour le projet de Master de Blikstad. Publié en couverture de Wallpaper en 2010, il semble que le designer, malgré la qualité de son étagère, ait eu du mal à trouver un éditeur. Destinée au grand public, pratique et ludique avec ses couleurs vives, modulable à l’infini, en MDF peint usiné par CNC, elle se situe à l’exact opposé de l’étagère Cinetisme de Kalpakian, bien plus récente, produite elle en série limitée (à 12 exemplaires) pour la galerie BSL. En Corian laqué, elle vise assurément une clientèle haut de gamme. Même intitulé « cabinet mural », je ne saurai dire laquelle de ces deux étagères est la plus intéressante. Histoire de goût peut-être… A vous de juger

BlikstadCharles Kalpakian

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